Un parcours « fresque parfait »

 

Annie Taillemite est une dépositaire enthousiaste d’un mode pictural antique qui ne manque pas de pigments : la fresque. Comme beaucoup d’artistes, elle cultive les contrastes et impressionne par sa faculté à concilier les extrêmes.  Elle ne cache pas sa culture méditerranéenne, où la lumière et la chaleur du soleil sont vitales, mais s’adonne à un art qui se pratique « dans le frais ». (Fresque vient de l'italien« a fresco » qui signifie « dans le frais ».) Elle semble soumise aux rythmes alanguis de sa souche méridionale mais, dès qu’elle franchit le seuil de son territoire de prédilection, elle s’embrase et démontre des richesses opposées : vitesse de réalisation, prise de risques, audaces de conception, précision des gestes. Sa féminité émerge d’une combinaison de travail et d’un turban assorti, tous deux d’un blanc immaculé, mais sa condition physique, soigneusement entretenue, lui autorise des travaux réservés habituellement aux hommes. Qui ne l’a pas vue, juchée au sommet de son échafaudage, peaufinant un détail sur une voûte fortement inclinée ou dans la hâte d’une gâchée ocrée ne mesure pas toute sa faculté d’adaptation. Elle combine les finesses artistiques du peintre au savoir faire du maçon et parfois aussi à l’habileté et au sang froid de l’équilibriste. Toujours animée par un appétit de contraste, elle exprime réactivité et  enthousiasme pour un nouveau projet comme elle développe patience et volonté dans l’exécution. 

 

D’un coté, ses aquarelles  comportent souvent un caractère intimiste. De l’autre, ses grandes fresques respectent l’échelle monumentale des sites pour lesquelles elles ont été créées. Elle est aussi « chez elle » dans la fraîcheur sylvestre d’une chapelle solognote que sur le fronton étouffant d’un sanctuaire  azuréen. De même, une commande séduisante lui fera  prendre le premier avion pour les antipodes.Elle passe, sans heurt, d’inspirations naturalistes, paysagistes ou animalières à des scènes  allégoriques pour lesquelles une mise en condition plus intérieure est nécessaire. Elle ne se confine pas dans un registre restreint mais, naturellement curieuse et avide de découvertes, n’hésite pas à passer d’une technique à une autre en s’imposant des apprentissages longs et contraignants. Le lien permanent : la passion de l’œuvre ! Passion qu’elle ne peut s’empêcher de communiquer à son entourage, ses confrères, ses élèves ou ses clients. Annie Taillemite invite à la problématique qu’exposait le philosophe Alain lorsqu’il disait : « il reste à dire en quoi l’artiste diffère de l’artisan. »

 

Michel Remise